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C’est étrange pas vrai ? la façon dont une ville peut vous envoûter, malgré les histoires étranges qui s’y déroulent, malgré les quatre quartiers qui la divisent, malgré son passé trouble. Et pourtant … Bienvenue à Mayaku, la fascinante Mayaku.

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 Sunny Takahaki [terminé]

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guess what I am capable ofInvité



Mer 31 Déc - 23:24


Sunny Takahaki



Identité






Nom complet : Sunny Takahaki
Date & lieu de naissance : 19/10/1989 ; San Francisco
Âge : 24 ans
Signe astrologique : Scorpion
Orientation sexuelle : Homosexuel
Origine(s) : Nationalité Japonaise, a vécu très longtemps aux USA
Langue(s) parlée(s) : Japonais, Anglais, Espagnol

Crédit avatar :




Classe & situation sociale : Moyenne haute ; Célibataire
Profession : Ancien professeur de Fitness - Pompier volontaire - Professeur des écoles
Casier judiciaire : Vide.
Ancienneté : Neuf mois, puis six mois d'interruption, pour un nouveau retour



Quartier


Le quartier où vous désirez habiter à Mayaku :
Sud


Physique


« Un ouvrage, porno exclu, ne se juge pas à sa couverture »

La génétique est une science qui réserve aujourd'hui encore bien des surprises. Certains naissent petit et diformes, d'autres ont un énorme nez, d'autres encore des lèvres de crapaud. Le brassage génétique est tel que deux êtres s'unissant peuvent donner des frères et soeurs radicalement différents physiquement. S'il est mentionné quelque part dans son livret de famille que Sunny a des origines japonaises, son corps semble avoir totalement ignoré cette information, et l'avoir doté d'un physique typique est-américain.

Dans la taille moyenne de son pays d'origine, il atteint le mètre soixante-quinze sans s'être forcé à manger de la soupe pour faire plaisir à son grand-père. La peau mate, le teint hâlé, les cheveux blonds, c'est un surfeur-type qui ferait la couverture de n'importe quel magazine de sport dans la joyeuse indifférence la plus totale.Il est plutôt musclé, sportif de haut niveau lors de ses heures de gloire, il continue à s'entretenir et fait de son mieux pour ne pas se laisser aller.

Lassé par sa tête d'adolescent modèle de série B américaine, c'est lors d'un coup de folie après sa première défaite en championnat que Sunny a laissé tomber sa crinière blonde pour la teindre d'un rose bonbon qui passe tout sauf inaperçue. Ses cheveux ne sont pas "lisses et raides" ni "aussi bouclés que la vague-même", non. Ils sont hirsutes. Mal coiffés. Ils semblent avoir une volonté propre et ne jamais vouloir pousser dans le même sens. S'il se couche sur le ventre, il se lève avec un vent de face. S'il se couche sur le côté, il se réveille avec une magnifique mèche rebelle qui joue à contre-courant de toutes les autres. Il casse les barettes, assassine les élastiques, et élimine les unes après les autres les pinces trop fragiles pour supporter sa chevelure. Ses colorations successives n'aident pas à améliorer cet état, il s'y est fait, à force.

Ses yeux sont d'un marron quelconque, un regard ordinaire qui cache toutefois une certaine malice. C'est là le seul trait qu'il tient des Takahaki. Ils sont légèrement bridés, un brin pincés, et lui donnent des airs d'ailleurs. Plus d'une fois on lui a demandé s'il était arabe - les américains et leur fixette sur l'Islam... A l'image de son prénom, Sunny est toujours souriant, et ses yeux traduisent cet état d'esprit. Il souffre d'une légère malformation de la vue. Il est un peu myope, ce qu'il corrige la plupart du temps par des lentilles. Lorsqu'il est fatigué, ou qu'il risque de prendre un grain de sable sur la pupille, il enfile des lunettes carrées, noires, très sobres, mais qui lui donnent un air de premier de la classe.

Sunny n'est pas adepte des tatouages - vogue pourtant répandue parmi les surfeurs, en particulier ceux de la côte est américaine - ni des piercings. C'est quelque chose qu'il regarde chez les autres et sait apprécier, mais qu'il n'a aucune envie d'expérimenter. Il s'est fait piercer l'oreille, une fois, une seule. Il y porte un petit fragment d'obsidienne, très sobre, et rien de plus. Il se garde loin, bien loin de tout ce qui ressemble à une aiguille pleine d'encre et fait pour cela tout pour se garder en forme. Huit heures de sommeil, le moins d'alcool possible, cela se voit sur son physique : rayonnant. Il a cependant deux tares qui le bannissent à tout jamais d'une compétition de haut niveau. Tout d'abord, sa tabagie. Sunny a découvert dans la nicotine un anti-dépresseur qui lui a tendu la main au moment voulu. En traversant le pacifique, il a conservé avec lui son bon ami Marlboro et ses cinq cigarettes quotidiennes.

Sa seconde tare, bien plus douloureuse et visible, est un léger boitement qu'il s'efforce de corriger. Son tendon d'Achille gauche est affreusement mutilé. Si la peau a repoussé aujourd'hui, on peut encore voir sur les endroits lisses de sa souffrance la marque nette de crocs d'un dogue épais de plus de cinquante kilos. Cette blessure ne l'empêche pas de faire des exercices basiques ou un peu de course. Il ne peut plus très bien sauter, évite de mettre son corps sous forte pression, et est interdit de surf jusqu'à ce que la mort vienne le cherche. Ce, au risque de voir son tendon le lâcher pour de bon, et finir en parfait infirme.


Caractère


« godzilla attaque, un tsunami ravage la côte et tu dors avec ta belle-mère ? Ce sont des choses qui arrivent. »

Sunny est un rayon de soleil dans la vie de quiconque croise son chemin. Souriant de son lever à son coucher, il semble vivre dans une douce insouciance si caractéristique de ceux qui n'ont jamais manqué de rien - ou on pris un peu trop de crack. Extrêmement gentil et très doux, plus particulièrement avec les personnes âgées ou les enfants, il aime donner de sa personne pour aider son prochain et se sentir en paix avec sa conscience.

Pourtant, il n'en a pas toujours été ainsi. Eduqué selon la stricte tradition japonaise les douze premières années de sa vie, la vie aux USA a été pour lui un tel élan de liberté qu'il s'est découvert un caractère de tête brûlée. C'est pourtant là qu'il est le meilleur de lui-même. Sunny est un fonceur, un battant, quelqu'un qui met toutes ses tripes à faire quelque chose qui lui tient à coeur. Il est aussi horriblement volubile dans ses idées et chance de passion comme de chemise.

C'est de cette manière qu'il s'est intéressé à l'astronomie, puis aux dinosaures. Il y a ensuite eu la période football, puis celle des robots de combat - dont toute sa famille et plus particulièrement sa maison familiale se souvient encore - puis la période skate, la période bombe de peinture, impressionisme, et enfin, sa grande passion, son amour, la mer.

Le surf est le seul et unique passe-temps qui ait jamais pris une place réelle au fond de son coeur. Pouvoir grimper la vague, ne faire qu'un avec le mouvement de l'océan, se sentir tellement haut, tellement bien dans les embruns. L'écume et l'eau salée, voilà les deux femmes de sa vie. Rien n'enchante plus cet américain qu'un lever de soleil sur un sable encore froid. Aujourd'hui il en souffre, oh oui. Il souffre aussi sûrement qu'il ne dit rien, lorsqu'il voit les vagues échouer sur le récif. C'est là l'un de ses traits de caractère les plus désagréables à supporter.

Sunny ne dit rien. A personne. Sur aucun sujet que ce soit. S'il a un problème, il tentera de le régler par lui-même de la façon la plus extrême qu'il puisse imaginer plutôt que de mettre quelqu'un d'autre dans ses affaires. C'est là son plus grand défaut, derrière son écoute attentive et les conseils avisés qu'il peut donner aux autres, c'est un inidividualiste des sentiments. Se confier à quelqu'un est un véritable cauchemar pour lui. A vrai dire, cela ne lui est jamais arrivé. Pas d'aimer non, il a déjà aimé, et même tellement fort qu'il en avait mal, mais il n'ose jamais avouer sa "faute". Un psychologue de comptoir dirait que c'est à cause de son éducation réservée et sa famille maternelle, mais là n'est pas la question.

Sunny est ouvert à tous et à tout le monde. Il part du principe que chacun est fait sur le même modèle, et écoute avant de parler. Il n'aime pas se battre, évite de frapper quelqu'un - sauf en cas de situation extrême. Rarement mis en colère, il tient en revanche énormément à ses proches. C'est là son plus grand point faible. Frappez dans ses contacts, vous l'aurez en plein coeur.

Il adopte la philosophie du "shit happens". Il ne croit pas au destin ni à une quelconque influence divine, mais pour lui tout peut arriver à n'importe qui. Après tout certaines personnes meurent frappées par la foudre. Perdre son travail, se faire blesser par un chien furieux, se faire larguer par une petite amie ou même se casser la figure dans les escaliers sont des choses ordinaires. Tant qu'il n'y a pas mort d'homme, il n'y a pas lieux de s'en préoccuper plus que nécessaire.

Malgré cela, les évènements de sa vie ont laissé une petite marque, certains plus que d'autre. Sunny n'aime pas beaucoup les chiens. S'ils sont petits et affectueux, il les laissera approcher, mais les gros dogues lui font perdre toutes ses couleurs. De même, il craint... les morsures. Oh il n'a pas rencontré beaucoup de personne aimant le mordre, mais dans un cadre privé, il aura toujours un petit moment d'appréhension lorsque les dents de quelqu'un d'autre...s'approcheront de sa chair tendre.

Depuis son arrivée sur Mayaku, sa jovialité n'a pas baissé d'un pouce. Il a compris les changements opérés sur la ville et soutient plutôt positivement les décisions du Maire. Il les trouve un peu extrême - mettre derrière les barreaux tous ceux qui se font attraper est exagéré selon lui - mais pense que c'est un moindre mal. En observateur plutôt qu'en acteur, il regarde la ville évoluer, essaye de comprendre les inflexions de ses pics de violence, et dans quel chemin elle va. Ah.

L'histoire et ses erreurs sont toujours vouées à se répéter

Histoire


« Aube, zénith et crépuscule »

Yukiko : Il est HORS DE QUESTION que mon fils soit un Summer, tu entends, HORS DE QUESTION !

Yukiko était une métisse d'origine japonaise. Fille de bonne famille, issue d'un père banquier et d'une mère comptable, elle avait évolué toute sa vie au sein de l'argent brassé par une grande multinationale spécialisée dans l'échange de devises entre le Japon et les Etats-Unis. En tête de classe, plus sérieuse qu'un prêtre lors d'un enterrement, elle était exigeante sur elle et ce qui l'entourait au point d'en attraper des gastrites à répétition. Droite, traditionnaliste et profondément encrée par son éducation, c'était sous le strict accord maternel et parternel que lorsqu'elle avait atteint trente ans, elle s'était mariée.

Ceux qui prétende que le mariage arrangé ne tient pas très longtemps passé la première couche ont profondément tort en ce qui concerne Yukiko. Son époux, John Summer, était un jeune homme issu d'une famille moyenne américaine. Elle l'avait rencontré pour la première fois lors d'un congrès sur l'intérêt d'investir dans l'Euro pour le Japon, et avait été surprise par son tempérament. Trader de profession, John était d'un intellect et d'un humour douteux, mais il se montrait terriblement efficace au travail. Tellement efficace que, sa troisième année de travail achevée avec brio en partenariat avec l'entreprise qui embauchait ses parents, elle se retrouva fiancée à lui, pour le meilleur et pour le pire.

John était un bon vivant, Yukiko ce qu'on nommerait communément une "coincée". En réalité, respectable jeune fille japonaise, elle avait appris à prendre les choses strictement telles qu'on les lui donnait, et grinçait des dents lorsque son mari faisait du zèle. Elle avait pesté lorsqu'il avait préféré l'emmener au ski pour leur lune de miel au lieu de la plage de Bali originalement prévue. Elle avait grogné lorsqu'il l'avait emmenée dans une pizzéria pour leur premier anniversaire de mariage - même si elle devait avouer après coup qu'elle y avait rudement bien mange. Mais la bataille la plus violente qui ait eu lieux entre Yukiko et John Summer fut celle qui concerna le nom de leur précieux bambin.

Yukiko voulait quelque chose de typiquement japonais, John quelque chose d'unique. Il parlait couramment la langue niponne, et ne savait que trop bien que chaque prénom avait une signification. Lui qui jouait chaque jour avec le hasard et l'argent des autres ne voulait imposer aucun destin à sa progéniture. Le prénom resta ainsi incertain jusqu'au moment où son fils vit le jour. Dans une clinique de San Francisco , Yukiko donna la vie. Le petit n'avait rien de ses traits - sinon ses yeux sombres, qui s'ouvrirent bien plus tard. Il était plutôt grand, avait la peau deux teintes plus sombre que la sienne et les cheveux d'un blond presque blanc. C'était une beauté, un rayon de soleil. Aussi les deux parents tombèrent-ils d'accord pour le nommer Sunny.

L'ensoileillé, le lumineux, le rayon de chaleur qui apportait à tous deux paix et amour. Oui mais. Là où les prénoms japonais avaient tant de signification, le patronyme de Sunny Summer sonnait comme une mauvaise marque de crème solaire. Les tensions étaient alors nées. D'abord calmes, réfléchies, elle étaient devenues explosives sitôt que Yukiko fut remise de son accouchement. Finalement menacé en japonais de manière frénétique, et devant esquiver plusieurs projectiles allant d'une lampe de chevet au précieux vase de sa tante Jean, John céda à sa tendre et chère.

Ce fut de cette manière que Sunny Takahaki naquit. De John Summer, et Yukiko Summer. Très occupés par leur travail respectif, les nouveaux parents confièrent l'enfant aux grand-parents paternels. De fortune modérée, ravis d'avoir la présence de leur petit-fils, les Summer prirent soin de l'enfant les premiers mois. Jusqu'à ce que la famille maternelle s'en mêle. Les Takahaki n'envisageaient pas une seule seconde de laisser ce petit à une famille qu'ils estimaient "tout à fait inapte à éduquer un enfant de notre sang". Sous la pression et les incitations financières des grand-parents japonais, le petit fit donc le voyage de San Francisco à Osaka, pour y recevoir une éducation "digne de lui".

• • •

Les premières années sous la bonne garde de ses grand-parents furent difficiles à accepter pour Sunny. Il ne recevait la visite de ses parents que rarement. Ils rentraient le soir, allaient se coucher, et lui déposaient un baiser avant de partir travailler le matin. Très occupés par leurs fonctions, ils comptaient sur la retraite des parents de Yukiko pour lui inculquer les bonnes manières et la maîtrise de soi. Mis au pas très jeune, et sitôt qu'il sut parler le japonais avec suffisamment de fluidité, on lui apprit à lire et à écrire.

Sunny était extrêmement perturbé dans son apprentissage par les deux langues qu'on parlait chez lui. D'un côté il parlait japonais, de l'autre anglais. Il eut toutes les peines du monde à apprendre les deux langues de manière simultanée et fit la honte de sa grand-mère en ramenant un devoir surveillé où il avait mis des mots anglais lorsqu'il ne trouvait pas l'équivalent japonais. Fort heureusement - ou malheureusement - pour le jeune blond, les sévices corporels et méthodes de dissuasion de sa grand-mère étaient bien plus terribles qu'une série de Kanji. Aussi, entre le piquet à genoux pendant une heure et demie et un mal de tête dû à trop d'apprentissage, il eut vite fait de choisir.

Il ne se plaisait pas beaucoup à l'école primaire. Contrairement aux études supérieures et à la vie que l'on voulait bien montrer à la télévision, les japonais étaient plutôt fermés d'esprit en ce qui concernait les étrangers venant apprendre sur leurs terres. Passées les premières années de curiosité, et après s'être illustré par des notes brillantes en japonais et en anglais, il commença enfin à avoir la paix. On ne le regardait plus de travers lorsqu'il répondait à sa mère en anglais, on ne lui jetait plus de boulettes de papier en le traitant de "beefteak" et on ne rougissait plus en lui demandant s'il mangeait des hamburgers.

Les clichés avaient la vie dure, et le peu d'amis qu'il avait était un trésor pour lui. Il s'était fait une petite bande de trois personnes. Makoto, une fille sans histoire qui traînait au fond de la classe - et avait beaucoup de mal avec l'orthographe et tout ce qui s'en approchait - et Ikiichi, premier en histoire, dernier en mathématiques. Ils étaient soudés, jouaient ensemble à la récréation, et partageaient la même table lors du repas de midi. Ils faisaient leurs corvées ensembles et étaient incroyablement proches. Tellement que les grand-parents Takahaki, soucieux du bien-être scolaire de leur petit-fils, décidèrent d'y mettre  un terme, et de le changer d'école.

Sunny avait toujours été quelqu'un d'extêmement sociable. Il avait besoin des bras de sa mère et du sourire de son père. Il avait besoin des félicitations de sa grand-mère et du silence constant de son grand-père. Mais surtout, en grandissant, il avait le besoin viscéral de se rapprocher de personnes de son âge, et de s'affirmer seul. Il sombra, littéralement. Si vous avez déjà vu un enfant dépressif, vous savez sans doute à quel point ils sont effrayants. Son teint devenait pâle, à cause des nuits passées à pleurer. Il devint maigre comme un clou. Il refusa d'aller à l'école, puis refusa d'en revenir. Et enfin, lorsqu'il s'évanouit de fatigue, les grand-parents Summer mirent le hola.

Manu militari, Sunny Takahaki fut rapatrié aux Etats-Unis, et scolarisé dans un collège de San Francisco. Ce fut pour lui la révélation de son existence.

• • •

Dans le collège de Hovenhill, Sunny était un jeune garçon épanoui. Poli, bien élevé, très consciencieux, en avance sur ses camarades sur les matières scientifique, il s'était rapidement hissé dans les favoris des professeurs. Ce n'était pas une tête d'ampoule. Son teint hâlé, ses cheveux blonds, sa gentillesse et sa réserve faisaient de lui la coqueluche des demoiselles. Il était regardé avec bienveillance par les surveillants et se montrait d'une curiosité sans égale.

L'absence de barrières sociales avaient fait de lui quelqu'un d'extraverti. S'il n'était pas très bavard, il écoutait les autres, parfois même sans dire un mot, et s'était rapidement fait un cercle "d'amis". Des gens qui l'invitaient à leur table pour déjeuner, aux anniversaires, et parfois même sans aucune raison, juste pour le voir un après-midi. Il avait commencé à lire en anglais, sur tous les sujets dont ses grand-parents maternels ne voulaient pas entendre parler. Curieux, vif de nature, il s'intéressa à l'astronomie. Aux planètes lointaines à l'infiniment grand. Il faisait preuve d'une curiosité telle qu'il discutait avec son professeur de religion de la vision du monde à travers l'oeil de dieu. Devant l'évidente contradiction scientifique entre ce qu'avançaient ses grands-parents paternels et ce qu'il découvrait chaque jour, il décida qu'il n'existait peut-être pas de Dieu. Et il commença à s'intéresser à l'évolution des espèces.

Il découvrit un scientifique du nom de Charles Darwin, et s'intéressa de plus près aux espèces disparues. Les dodos attiraient toute son attention, puis leurs ancêtres. Devant un film sur des araignées géantes dévoreuses de chair, il commença à chercher si une telle chose était possible, et tomba sur la notion de gravité. L'infiniment gros était destiné à mourir à cause d'une certaine attraction terrestre. Il eut donc sa période dinosaure, et commença à collectionner les films sur leur sujet. Steven Spielberg et Jurassic Parc devinrent les deux mots qu'il avait toujours aux lèvres. Devant ses exploits d'effets spéciaux, il s'intéressa aux robots articulés, et commanda les fameux "Mecano".

Il en reçut une boîte pleine pour ses quatorze ans, et utilisa toutes les pièces pour une construction titanesque qui se cassa aussitôt la figure. Intrigué, frustré, il se renseigna sur le sujet, alluma ce qu'on nomme poliment "la planète internet", et vit quelque chose qui le laissa complètement sur le derrière. Les robots de combat. Certains utilisaient leurs connaissances en machines pour en faire des monstres, et les faire s'entre-déchirer. Adolescent dans la fleur de l'âge, surexcité, que le football trois fois par semaine parvenait à peine à calmer, la vue de monstres de métal se déchirant et se déchiquetant fut plus stimulant que n'importe quel jeu vidéo. Il commença petit, un lance-ventouse. Cela le faisait beaucoup rire d'entendre sa grand-mère pester lorsqu'elle recevait un projectile dans les mollets. Il continua un peu plus gros, avec un tank lanceur de balles en fonte Il avait pour ça demandé au grand-frère garagiste d'un de ses admis de faire fondre une cocotte de sa grand-mère, elle l'avait privé de dessert deux semaines quand elle s'en était rendue compte. Puis, il avait voulu voir plus grand. Un robot grimpeur. Le défaut de la plupart des robots de combat, c'était qu'ils étaient incroyablement peu mobiles. Il imagina donc un système de ressorts et d'articulations pour faire de son chouchou, Tarzinator, le vainqueur de la compétition de San Francisco.

Sunny avait beau être doué, il n'en était pas moins un enfant, pas un ingénieur. Tazinator se lança. Il claudiqua jusqu'à l'arbre le plus proche, grimpa au tronc, et, percevant l'oiseau perché sur le vélux comme un danger, sauta sur le toit. Ce jour là, quatre murs, deux portes, le carrelage du couloir et un meuble importé d'Europe connurent une fin tragique et explosive. Sunny prit la fessée de sa vie - oui, la fessée, alors qu'il avait quatorze ans - et fut privé de quelconque expérience scientifique, même à base de vinaigre et bicarbonate de soude.

Interdit de jouer les petits génies qu'il peinait à être, Sunny chercha donc d'autres activités. Au cours d'un après-midi passé dans le parc à lire sur les dangers de la tabagie passive, il observa un petit groupe de lycéens se casser la figure sur une rampe de skate. C'était dangereux, salissant, et terriblement cool. Adolescent en manque de sensations fortes, son choix était tout tracé.

Il allait devenir skater. Et tant pis pour ses genoux.

• • •
Le skate était devenu sa nouvelle passion, sa nouvelle drogue. Les débuts avaient été compliqués. Il avait commencé par fréquenter les bonnes personnes, qui l'avaient pris pour un imbécile à cause de ses bonnes notes, ses lunettes et son langage propre. Et puis, ils l'avaient laissé essayer. Il s'était cassé la figure, et plus d'une fois. Oh oui, il avait souffert  d'écorchures multiples, s'était éraflé le menton, avait fini sur les fesses un nombre incalculable de fois, mais finalement , il avait réussi à tenir debout sur cette planche.

En jeans et chemise propre, des Vans aux pieds, il allait désormais au collège sur sa planche, un mp3 dans les oreilles.  Cela l'avait aidé à grandir. Il ressentait une telle liberté lorsqu'il glissait sur le trottoir quand tout le monde était bloqué sur ses pieds qu'il s'en sentait presque pousser des ailes. Il devint un peu moins attentif en cours, délaissant les savoirs didactiques pour passer à une passion bien plus libre. Il se muscla, même sans s'en rendre compte, parce qu'il pratiquait tous les jours. Et, lorsqu'il surmonta la douleur et les remontrances de ses grand-parents, il découvrit enfin la liberté, la vraie.

Il sautait de haut, se laissait aller jambes dans le vide pour se rattraper. Il s'amusait à se mettre en danger, frissonnait d'adrénaline quand sa nuque passait à quelques millimètres de la rambarde. Il devint "le type trop cool" que tout le monde voulait avoir dans sa bande. Impressionné par cette popularité, il surfa sur sa propre vague, et se mit aux tags, à la peinture sur trottoirs, et à tout un tas d'autres activités qui eurent comme seul ange gardien son âge. A quinze ans, d'éducation profondément japonaise, il ne lui serait jamais venu à l'esprit de partir en dérive sur les pentes glissantes de l'alcool et d'autres drogues.

Son amour pour le skate le poussa à participer à plusieurs compétitions. Il en gagna certaines, échoua à d'autres, mais il gardait toujours le sourire, heureux de pouvoir voler devant un tapis de personnes qui auraient vendu un bras pour avoir sa fougue et son envie de liberté. Et puis, l'âge vint. Il eut seize ans, se désintéressa petit à petit des skatepark qui pour ceux de sa génération était synonyme de beuveries sur fond de musique assourdissante.

Il préférait la présence de ses ainés. Au cours d'un repas où il était invité par son ami Richie, il fit la connaissance de son grand frère, Ben. Ben avait tout pour plaire. Il était très grand, plutôt svelte, les cheveux noirs, courts, la mâchoire carrée. Il était en première année de médecine et avait une petite amie bien-sous-tous-les-rapports qui faisaient roucouler même sa grand-mère. En un mot comme en cent, Sunny tomba immédiatement, incroyablement, irrémédiablement amoureux de lui.

C'était une sensation étrange, et qu'il eut du mal à comprendre lorsqu'elle lui tomba sur le coin du nez. Après une soirée passionnante où ils avaient échangé sur le surf et le skate, puis sur les dinosaures, les robots de combat et les autres passions bizarres de Sunny, ils en avaient passée une autre. Richie sortait avec des amis, et avait invité Sunny à partager la pizza autour de discussions tout aussi adultes et futiles sur son origine. On lui avait demandé de parler japonais, horriblement gêné il s'était donné en spectacle, et avait réussi à garder le numéro du grand, du terriblement séduisant Ben.

Puis, la sensation de manque commença à se faire sentir. Lorsqu'il s'entraînait, Sunny pensait à Ben. Il l'imaginait fendant la vague avec aisance, dans une de ces combinaisons noires et moulantes. C'était terriblement gênant pour lui de se réveiller en pleine nuit, en sueur, après un énième rêve tout aussi étrange que significatif sur ce qu'il pensait du grand-frère de son ami. N'y tenant plus, ayant besoin de se rapprocher de lui, de le connaître plus, de passer du temps avec lui, il s'inscrit dans son club de surf.

Grand débutant, et pourtant très à l'aise sur une planche, il ne s'en sortit pas trop mal. Les chutes étaient plus brusques que sur le goudron, l'océan le claquait avec violence lorsqu'il avait le malheur de chuter. Mais, fort de son envie de vaincre, de sa rage de paraître un bon surfeur devant Ben, il Sunny se donna de toutes ses forces, et progressa à une vitesse hallucinante. Si vite que, un an plus tard à peine, il participa à son premier championna d'Etat.

C'était une gigantesque compétition réunissant des surfeurs de toute la Californie. Ils avaient été sélectionnés lors d'une épreuve sèche qu'il avait passée de justesse. Les cheveux miraculeusement tenus en arrière, plus décidé que jamais à vaincre et se donner de son mieux, Sunny aurait sans aucun doute été classé sur le podium... si Ben n'était pas intervenu à ce moment-là.

Il était venu le voir, cinq minutes avant le début de la compétition, et lui avait donné un "pendentif porte-bonheur". Un collier au bout duquel pendait un Tikki. Horriblement mal fait. Horriblement mal peint. Horriblement cliché. Mais c'était Ben qui le lui avait donné, à lui. Il avait retenu un frisson lorsqu'il l'avait passé autour de son cou, et l'avait remercié par réflexe, en s'inclinant. La situation était devenue gênante au moment où Sunny avait dû expliquer à son ainé que c'était là la tradition japonaise. Les racines remontaient parfois au galope lorsqu'il était dans un moment de stress intense.

Destabilisé, déconcentré par les intentions de Ben - est-ce qu'il avait fait ça parce qu'il l'appréciait comme un ami, ou bien parce qu'il l'appréciait... autrement ? - Sunny avait été en dessous de ses performances. Au milieu d'un rouleau deux fois plus haut que lui, il avait été deséquilibré, et s'était piteusement fait ramener sur le sable, fesses en l'air, par les vagues.

La défaite était amère. Plus encore celle de voir Ben, tenant sa petite amie, grimacer de douleur face à la déception qu'il devait ressentir pour lui. Sunny pour la première fois de toute son existence se mit en colère. Il planta sa planche dans le sable, cracha dans l'eau, et rentra chez lui encore crasseux. Il avait été assez niais et gentil avec tout le monde pour le moment. Il était temps pour lui de sortir un peu de son cadre d'enfant modèle.

• • •

Devant lui étaient alignées, les unes après les autres, les différentes colorations qu'il avait choisies. Une rouge rubis, qui donnerait sans doute quelque chose de vaguement pisseux roux sur ses cheveux clairs. Une noire de jais, qu'il avait pris en trois exemplaires pour être sûr d'avoir la bonne couleur après application. Une vert sapin, que la vendeuse lui avait remis en main avec un clin d'oeil - Dieu seul savait pourquoi - et enfin, une auburn. C'était une sorte de brun, avec des reflets rosés, s'il avait bien compris le charabia qui était inscrit derrière.

Il était resté à genoux, le pouce sur le menton, pendant plusieurs minutes, et même un peu plus d'une heure. Il hésitait. S'il se ratait avec une coloration, il aurait sans doute l'air ridicule. D'un autre côté, c'était soit ça, soit un piercing, et il était hors de question qu'il force sa pauvre Nanny à venir avec lui dans une boutique de tatoueur pour lui signer une autorisation. Elle ferait une syncope avant de passer le pas de la porte, de toutes façons.

De tout ce qu'il imaginait sur son visage, le noir était ce qui l'enchantait le moins. C'était la couleur des japonais. Il avait déjà le nom qui allait avec, il aurait l'impression d'être un imposteur en costume s'il portait les cheveux assortis. Il éloigna les boîtes. Le rouge ne lui disait trop rien non plus, c'était une couleur terriblement tendancieuse, et il ne voulait pas avoir l'air d'un rescapé d'une gaypride.

Gaypride. Il sentit son coeur se serrer. Est-ce que c'était ce qu'il était, gay ? Pourtant, il était comme tous les autres garçons de son âge. Lui aussi avait un numéro de playboy caché sous son matelas. Lui aussi fixait les cheerleaders de son lycée avec un intérêt tout particulier pour le football quand elles apparaissaient. Lui aussi savait qui étaient Jena Jameeson et où trouver les sextapes de Paris Hilton. C'était injuste. Injuste qu'il ressente quelque chose d'aussi fort, d'aussi violent pour Ben. Injuste pour sa petite amie, qui croyait tellement en lui. Injuste pour Ben, qui n'avait rien demandé. Et injuste ... pour lui.

Parce qu'il serait laissé sur la touche. Il n'en doutait pas une seconde, pas un instant. Il serait laissé sur le côté s'il se confessait. Mieux valait passer à aute chose, penser à autre chose, et vite. Il attrapa la boîte d'auburn, et se dirigea vers la salle de bain.

Les indications sur la boite était diablement compliquées. Il commença les mélanges, enfila ses gants, et repensa avec une certaine nostalgie à l'époque où il faisait des expériences à base de craie et d'acides trouvés dans le garade de son grand-père. En fin de compte, ce n'était pas beaucoup plus difficile. Oui enfin, pas bien plus difficile de faire le mélange. Lorsque la boîte précisa qu'il fallait prendre les mèches "une part une" et "appliquer la coloration de la racine aux pointes de manière graduelle", il fixa son peigne.

Puis il fixa ses cheveux. Son peigne à nouveau. Finalement, il attrapa le tube de préparation, le retourna, et appuya bien fort pour faire sortir toute la coloration d'un coup. C'était dégueulasse. Ca sentait la mort, ou les produits d'entretien. Armé de gants dignes du papier toilette des stations essence, il appliqua plus ou moins correctement le produit, puis ramena la masse blobesque de ses cheveux ainsi encrassés en arrière. La boîte recommandait "30 à 40 minutes de pose" en fonction de la teinte demandée.

Il partit lire un livre. Au bout de cinq minutes, cela commença à couler. Au bout de dix minutes, à le gratter. Devant la panique de se retrouver à moitié chauve avec tous les agents chimiques contenus dans ces trucs-là, il se jeta sous la douche, et enleva toute la pâte collante. Cela coulait rouge et rose dans sa baignoire. Pas sûr du résultat, il fit un shampoing, décida qu'il était trop tard pour vérifier le résultat, et s'endormit avec une serviette sur la tête.

Il se réveilla tard le lendemain. Tellement tard qu'il manqua d'être en retard en cours. Il attrapa sa planche, une tranche de pain - devant le regard effaré de sa grand-mère - et fonça pour arriver à l'heure. On le pointa du doigt, se mit à rire sur son passage. Richie le rejoignit et le prit par le bras. Il le charria, lui demanda s'il avait fait un paris. Ne comprenant pas un traître mot, il chercha une glace.

Son front et ses oreilles étaient encore violets, tachés par la coloration. Et ses cheveux, jadis blond, brillants... s'étaient vu offrir une jolie teinte rose Barbie.

Sunny : Oh, merde...

• • •

Les journées s'étaient enchaînées. Après avoir haï, pesté et tenté de faire disparaître la couleur par tous les moyens, Sunny avait fini par se résigner. Il allait devoir attendre que cela pousse pour pouvoir en faire quelque chose. Et puis, doucement, on commença à s'habituer. Certaines personnes qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam lui disaient que ça lui allait plutôt bien. D'autres encore l'arrêtaient dans la rue pour lui demander où il avait trouvé la coloration. Gêné, un peu maladroit, il leur avouait qu'il l'avait ratée . Ils semblaient un peu déçus, mais lui disaient que ça lui donnait un style. Alors, à force de se l'entendre répéter, et à force d'en avoir assez de détester son propre visage, Sunny se fit à l'idée.

Il adopta le rose comme style personnel. Cela n'allait ni avec ses vans ni avec sa combinaison de surfeur, mais c'était totalement lui. Celui qui faisait quelque chose de stupide pour sortir du lot et qui se ratait monumentalement. Le garçon trop gentil et trop sage pour réussir sa rébellion correctement. Cet épisode eut au moins le mérite de lui faire oublier la désastreuse aventure qu'il n'avait pas eue avec Ben, et de le replonger totalement dans le surf.

Son heure et demie de vague quotidienne lui donnait tout le loisir nécessaire pour se vider la tête. Lorsqu'il surfait, il ne pensait à rien d'autre qu'à garder l'équilibre. Donner le meilleur de lui-même, se donner à fond, être lui, à cent pour cent. Ses efforts furent payants. Sunny avait une carrure apte à n'importe quel sport de glisse, et devint rapidement très doué. Il participa à d'autres compétitions, en remporta certaines. Puis il fit un tournois à hauteur de la Californie, et à 17 ans, il se plaça 4e de son état.

Reconnu par ses pairs et encensé par la presse spécialisée dans le domaine, Sunny vit là la plus belle histoire de toute sa vie. Il abandonna l'école. Alors que toutes les universités proches lui proposaient une bourse d'études sportive, il préféra prendre la place d'un moniteur de surf pour enfants. Lorsque ses amis partirent s'éparpiller à travers l'Etat et les Etats Unis tout entiers, lui resta près de chez ses grands-parents, caressant les vagues du matin au soir.

Il était très aimé des enfants, notamment parce qu'il les aimait beaucoup en retour. Il avait avec eux la patience et la rigueur qu'on pouvait attendre d'un gamin qui a grandi au japon et mûri aux Etats-Unis. Il était intrasigeant sur le respect qu'on lui devait et l'entraînement rigoureux, et écoutait tout à la fois les états d'âme des petits gigoteurs en herbe qui avaient tous un moment ou l'autre l'envie de tout laisser tomber.  

A côté de son travail - qui lui rapportait une coquette somme compte tenu de son titre californien - il avait tout le temps pour s'entraîner. Il gagna en intensité sur les étirements, l'endurance et la tenue de vague. Il commença à développer son propre style, ses propres figures. Il fit d'autres compétitions, grimpa petit à petit. De 4e surfeur de californie, il passa premier. Puis il passa premier de l'inter-côte Est. Sa distinction fut telle qu'il remporta, à 21 ans, le tournois inter-côtes, opposant les surfeurs du Pacifique à ceux de l'Atlantique. Sacré meilleur surfeur des Etats-Unis par la présente, il reçut un prix considérable.

Il aurait pu s'arrêter de travailler à cet instant, et vivre uniquement de ses victoires en concours, mais Sunny se connaissait trop bien. Ses parents, catégoriquement opposés à sa passion, durent se rendre à l'évidence lorsque les prix s'alignèrent sur l'étagère qu'il avait dans la chambre chez sa grand-mère. Seulement voilà, là était le problème. Majeur, Sunny était encore désespérément accroché à ses racines, et n'avait pas encore trouvé de petit nid. A l'âge où ses copains de classe finissaient ivre morts la tête dans la cuvette d'une sororité au nom grec, lui surfait, rentrait trempé chez sa Granny, et avait un bon repas avec une bière devant la télévision.

Il était temps pour lui de se bouger, et de trouver un endroit où faire son nid. Et temps également de trouver une femme pour faire sa vie. Depuis sa désastreuse absence d'aventure avec Ben, Sunny ne s'était intéressé à personne. Les jeunes filles avec lesquelles il sortait se laissaient au bout de quelques semaines. Passés les premiers instants où il était "un gentleman" car il refusait de coucher avec elles les premiers temps, il devenait "un peu frustrant" puis "carrément papal", dans les cas les plus polis. Ce n'était pas totalement sa faute. Il n'avait pas suivi la vague des coucheries à peine pubères, et était donc rendu totalement vierge à vingt et un ans.

Sa bonne étoile frappa pourtant à sa porte lors d'un cours. Elle s'appelait Sarah. Elle avait vingt-deux ans, et c'était la demie-soeur de Jason, un de ses surfeurs benjamins. Plutôt petite, blonde, un regard un peu trop maquillé, elle lui proposa le moins discrètement du monde un rencard après les leçons, son 85C appuyé si près de sa combinaison qu'elle portait les marques humides de sa baignade en repartant. Totalement retourné, désemparé et effrayé à l'idée de se retrouver nu avec une demoiselle - surtout une de celles qui avait l'air de pouvoir compter trois équipes de football entre leurs cuisses - il accepta. Et il se rendit, la peur au ventre, en chemise et jean délavé, à son tout premier "plan cul".

• • •

Il était arrivé à son rencard une demie-heure à l'avance. Dans une cause désespérée, il avait coiffé ses cheveux en arrière, et les avait attachés avec un élastique de cuisine. Ceux qui étaient si solides qu'il avait mal et s'arrachait trois quart de cheveux lorsqu'il les enlevait. Assis sur un muret, il jeta un regard à son portable, puis attendit. Il attendit, si longtemps que, passé un  temps, il se rendit à l'évidence. Il s'était fait rouler. Evidemment, une fille comme elle n'avait rien à faire d'un pauvre petit surfeur qui s'y croyait tellement qu'il était champion national. Elle préférait ceux qui rêvaient encore de gloire. Pas ceux qui l'avaient touchée, et repoussée poliment.

Blasé, après trois heures passées à attendre Sarah, Sunny descendit donc de son perchoir, et repartit en sens inverse, les mains dans les poches. Ah. Chienne de vie. Il finirait sans doute célibataire et sans attache.

??? : Hé...Sunny ! Sunny Taka...haki.

Interpellé par son nom complet - que rares étaient ceux à connaître - Sunny se tourna. Il s'attendait à se trouver face à une fan hystérique, les yeux brillants de désir d'avoir un autographe. Mais non. C'était un garçon. Et même, un homme. Il était plus grand que lui, et aussi, plus vieux. Le mètre quatre-vingt à vue de nez, il était habillé d'un tshirt à l'éphigie d'un personnage de comics. Blond, il avait une barbiche légèrement plus sombre que ses cheveux courts, en bataille. Il avait un pantalon en jeans, aparemment de bonne facture. Ses chaussures étaient en cuir vernis, marron. Quel âge pouvait-il avoir ? A vue de nez, Sunny aurait parié sur ... quelques années proches de la trentaine.

??? : Tu attendais Sarah, c'est ça ? Elle ne viendra pas... en fait, c'est... enfin, c'est moi, qui t'ai posé un rencard.

Sunny releva les lunettes qu'il avait sur le nez, les rangea dans la poche de sa chemise, et relâcha ses cheveux qui hurlaient à la liberté. Une mèche longue, plus rebelle que les autres, se posa juste sur son nez. Il souffla.

Sunny : Toi ? C'est pourtant avec elle qu'elle ma demandé de sortir.

??? : Oui je sais, désolé. Je devais arriver plus tôt, beaucoup plus tôt. En fait, je pensais même que tu serais parti depuis des lustres, mais tu es là alors...

Sunny : Ouais, bon... T'as l'air d'être quelqu'un de sympa - et parenthèse inutile, j'aime bien ton tshirt - mais tu crois pas que c'est un peu bizarre qu'une nana t'expose ses... arguments pour avoir rencard, et qu'au lieux de ça ce soit son frère, ou son ... je sais pas, qui tu es au juste ?

L'homme, visiblement touché par sa remarque, orna ses charmantes lèvres d'un sourire en coin, et s'approcha pour lui tendre la main, ne le lâchant pas du regard. Il avait des yeux bleus. D'un bleu pur, qui le faisait frissoner. C'était ça. Ce type aurait pu être la réplique exacte d'un dieu nordique.

??? : Je suis Chris. Et Sarah est ma collègue de boulot, en fait. Je suis croupier. Ah mais, je sais aussi que toi, t'es un surfeur.
Sunny : Tout le monde le sait ça, Chris.
Chris : Ah oui, pardon. Bon. Tu as attendu trois heures, tu dois avoir les crocs, et moi j'ai galéré comme un fou pour pouvoir me faire remplacer. Ah, mais tu n'as peut-être pas envie de savoir ça.
Sunny : Attend, tu veux qu'on aille manger quelque chose... tous les deux ?
Chris : Bah oui. T'es là pour un rencard à la base, non ?
Sunny : Et qui te dit que...
Chris : ...tu es intéressé ? T'es encore là.
Sunny : Touché.

Les deux se jaugèrent un moment. Sunny, un peu méfiant. Chris, au contraire très sûr de son coup. Finalement, Sunny céda, et accepta de l'accompagner. Chris l'emmena dans un restaurant - comble de l'ironie - japonais. Sunny discuta avec la serveuse, Chris lui fit du pied pour le rappeler gentiment. Ils commencèrent à parler. De ce qu'ils aimaient. Chris était un passionné de comics, et de jeux vidéo. Il avait une collection de pas moins de soixante-douze jeux considérés comme "rares" ou "introuvables". C'était un garçon des fonds de balieues New-Yorkaises venu trouver le bonheur en  Californie. Il avait galéré de petit boulot en plan foireux, et s'était finalement retrouvé à cuver tous les soirs dans un casino.

Devenu dépendant aux jeux, il avait commencé à toucher le fond, mendier le jour pour dépenser la nuit. Puis, quand il n'eut plus assez d'argent pour se nourrir, il changea de tactique. Il était allé en prison. Six mois. Pour petit vol, et parce que sa situation l'excusait. Il en était ressorti avec des contacts, et s'était fait embaucher par une sorte de petit mafieux. Un gérant de casinos qui avait besoin de gros bras qui connaissaient le milieu pour trier à l'entrée les dépensiers perdants des joueurs riches. En clair, il était devenu physionomiste de casino branché. De fil en aiguille, il était passé responsable de la sécurité, puis, quand il en avait eu l'occasion, il était devenu croupier.

Chris : Je n'avais jamais parlé de mon séjour à l'ombre à personne... c'est quoi ton truc.

Sunny était, sincèrement, touché par Chris. Il était nature. Il ne cherchait pas à se cacher, disait ouvertement ce que d'autres auraient avoué en rougissant comme des écoliers. Il ne le connaissait même pas depuis trois heures, mais il s'entendait déjà avec lui comme avec un ami de longue date. Le champion s'enfonça dans sa chaise, croisa les jambes, et afficha un sourire délicieusement moqueur.

Sunny : Hm, tu parles, j'écoute, c'est aussi simple que ça.
Chris : On va dire ça comme ça. Je ne sais même pas pourquoi tu t'appelles... Takahaki.
Sunny : Oh ça, c'est une histoire débile, le nom de famille de mon père ne me serait pas allé.
Chris : Sérieusement ? Comment un nom de famille peut mal aller à quelqu'un ?
Sunny : Summer.

Il y eut un petit moment de silence, pendant lequel Chris fixa Sunny en silence. Une brève tension, puis un sourire. Il enfourna un maki, puis se mit à rire.

Chris : Ok, Takahaki, ça te va mieux. Mais t'as pas vraiment des traits japonais. Les yeux, un peu... et ... ton visage.
Sunny : Mon visage ?
Chris : Oui, ton visage. Tu as des traits extrêmement fins... même pour un métis, des yeux à peine bridés, un petit nez et... oh.

Il avait son pouce sur sa joue, juste en dessous de son oeil droit. Sunny, rouge à en avoir mal au crâne, tentait de calmer les battements frénétiques de son coeur. Il avait suffi d'un effleurement, d'une caresse, d'une seule attention pour que son corps en veille depuis six ans se réveille d'un seul homme. Chris était trop proche. Chris et sa barbiche châtain, ses deux cheveux blancs, ses chaussures de marque.

Chris qu'il ne connaissait pas ce matin.

Chris : Trop. De saké, sans doute je...
Sunny : On va demander l'addition.
Chris : Laisse, je t'invite. Pour t'avoir fait attendre trois heures.
Sunny : Pas la peine, je. Tiens, un billet de cinquante, ça devrait le faire, je vais rentrer chez moi.
Chris : Sunny, attend !

Sunny franchit le pas de la porte, fit quelques pas à l'extérieur, et se mit à respirer à grandes goulées d'air. Il avait terriblement, terriblement besoin de respirer. Il se sentait mal, il se sentait bien, il se sentait terriblement intimidé. Et pourquoi fallait-il, au nom du CIEL qu'il soit dans un état pareil pour deux doigts.

Deux doigts.

Il se mit à rire, seul, de la bêtise de ses pensées. Il ne pouvait pas se mentir, il était excité sans aucune raison apparente, et il était coincé comme un idiot, sans planche, sans vague pour venir l'emporter loin cette fois. Si. Il connaissait la raison. Elle était juste derrière lui, et elle venait de l'attraper, par le poignet. Sunny tira, un peu brusquement, pour se dégager. Avec force et détermination, Chris le retint, et le rapprocha même un peu de lui.

Chris : Sunny, je suis d...
Sunny : Ca va.
Chris : Je ne sais pas ce qui m'a pris, je...
Sunny : Ca va, je te dis.

Il se fixèrent de longues secondes. Chris entre deux mondes, aidé par l'ivresse. Le surfeur pouvait le lire dans chaque micro expression de son visage. Il était tiraillé, entre l'envie dévorante de lui arracher un baiser, au risque de ne plus pouvoir s'arrêter, et celui de lui tourner le dos, au risque de ne plus jamais le revoir. Il baissa le regard, impressionné par la force de ce qui traversait son interlocuteur. Sunny se sentait comme une friandise. Non. Comme un luxe. Un plaisir inaccessible. Quelque chose qu'on posait sur un coussin de velours. Il resta ainsi plusieurs secondes, déglutit avec peine. Puis, il releva le visage, légèrement fâché.

Sunny : Si tu pouvais arrêter de me fixer co...
Chris : Et puis merde.

Le mouvement fut brusque. Si léger qu'il le perçut à peine. Pourtant, il glissa, et en se rattrapant, il tomba entre ses bras. Chris était brûlant. Les poils de son menton lui chatouillaient le visage, et pourtant il avait les lèvres si douces. Il sentait la peau, une légère pointe de transpiration, et quelque part en arrière-plan, un reste de shampooing au citron. Sans y réfléchir, ses bras se glissèrent autour de son cou, ses lèvres vinrent chercher les siennes, le souffle lui manqua. Il se cacha dans son cou, ferma les yeux, tout tremblant. Il avait peur. Et pourtant, il était prêt à en avoir mal.

Chris : Shhhh... respire, Sunny.
Sunny : La...ferme.

Chris lui souleva le menton, le fixa un instant, puis déposa un baiser sur le bout de son nez. Il saisit sa main, pour la garder dans la sienne, et le rapprocha de lui. Sunny avait peur. Il le tenait avec force, refusait de le laisser s'enfuir. Et pourtant, unne petite voix lui glissait doucement qu'il faisait une bêtise. Oh oui. Une terrible bêtise

• • •

Sunny se réveilla le lendemain matin, ou plutôt, le lendemain midi. Sa joue était posée contre une surface chaude, douce. Il sentait le fauve, et les draps avaient glissé jusqu'à faire de lui une parfaite gravure pour modèle dévergondé. Il ouvrit un oeil, puis deux, et se trouva nez à nez avec Chris. Il ne dormait pas. Un bras passé par dessus son dos, des lunettes fines sur le nez, il avait allumé la télévision au son minimum et lisait ce qui ressemblait à un thriller.

Chris : Bonjour rayon de soleil.
Sunny : ... bon matin...

Il avait mal partout. Ses cheveux jouaient à la Gorgone sur le sommet de sa tête, et faisaient des boucles et des épis de manière totalement anarchique. Il se sentait puant, sale. Il avait besoin d'une douche. Il repoussa gentiment Chris, pour se relever...  et finit immédiatement sur le ventre. Ses genoux, ses cuisses, le bas de son dos le lançaient. Il plissa le nez, grogna, et se cacha le visage pendant que Chris caressait doucement sa nuque.

Chris : Bouge pas tant. J'y suis allé un peu fort, tu vas te faire mal.
Sunny :... Chris...

Sa mémoire était plutôt floue. Il n'avait pas bu plus que de raison, mais le sommeil et la honte avaient effacé une bonne part de sa mémoire. Il se souvenait être rentré chez Chris. Il se souvenait avoir dit qu'il était fatigué. Chris avaient déplié le canapé-lit, et était parti se préparer à se coucher. Oui. Sunny s'était déshabillé la boule au ventre. Il avait eu si peur de finir entre de mauvaises mains qu'il s'était isolé au fond du matelas. Chris ne l'avait pas entendu de cette oreille. Il n'avait jamais eu l'intention de le laisser en paix. Il l'avait rassuré, pris contre lui. Il l'avait embrassé, doucement d'abord, puis avec plus de fougue. Sunny s'était pendu à son cou. Il lui avait caressé le dos, les fesses, et le reste...

Il n'avait aucune envie de se souvenir du reste.

Chris : Je crois que ma charmante voisine de palier sait pourquoi je repousse ses avances maintenant.
Sunny : Ne me dis pas que j'ai...
Chris : C'est pas grave. Ca surprend. Mais c'est rien.

Il était bon pour mourir de honte. S'il avait voulu se lever, il n'avait plus qu'une envie : dormir jusqu'à plus pouvoir se réveiller, et être ramené chez lui en brancard. Ou dans un camion. Ou dans un sac poubelle. Il s'en fichait. Il avait tellement, tellement honte de ce qu'il avait fait.

Chris : Tu as faim ?
Sunny : ... un peu.
Chris : Café, oeufs bacon ?
Sunny : S'il te plait...

Il le laissa, posa son livre, et enfila un caleçon pour se décaller sur la cuisinière. L'appartement de Chris était tout petit. Sunny se rappelait s'être fait la même réflexion la veille. Quand le monde avait basculé sens dessus dessous, il s'était accroché aux moindres détails pour ne pas penser à ce qu'il était en train de faire. Une fourchette tombée de l'évier. Une tache sur le tapis. Un cadre un peu tordu. Il roula sur le dos, et grogna, dents serrées. Il avait parfois vu le visage de Chris, parfois eu du mal à tenir sur ses coudes. Il se souvenait de son souffle, si proche de son oreille. De ses dents, plantées dans la chair tendre de son épaule, de sa hanche, de ses lèvres. Et de ses baisers appuyés... oh non. Les marques. Il allait avoir des marques.

Il s'assit enfin, ferma les yeux, et observa Chris de dos. Il était très beau. Dans son caleçon long, affairé à faire cuire quelque chose de mangeable, très concentré, il ne faisait pas son âge. Son âge. Il le lui avait dit, juste avant. Ah. Il ne s'en souvenait pas.

Sunny : Chris ?

Il se tourna, juste assez pour le fixer. Surpris, il s'attendrit soudain, et se mit à lui sourire. Sunny sentit ses joues lui brûler. Il baissa le regard, se couvrit avec la couverture, et croisa les jambes.

Sunny : C'est quand, ton anniversaire ?

Il déposa une assiette bien chaude sur ses genoux. Sunny leva la tête, interrogatif. Il tendit le cou, ne reçut qu'un baiser, et un sourire.

Chris : J'ai vingt-huit ans. Ca semble t'inquiéter.
Sunny : ... Un peu. C'est les poils, ça...
Chris : Les poils ?
Sunny : Oui, enfin, ta, euh, barbe ? Ca te vieillit.

Chris manqua de s'étouffer avec sa boisson. Il respira un grand coup, frappa sur son torse, et le fixa, interdit.

Chris : Hé, c'est pas sympa.
Sunny : Non, c'est pas ce que je voulais dire.
Chris : Tu veux que je l'enlève ? Je vais avoir l'air d'un gamin.
Sunny : Oh non !

C'était sorti du fond du coeur. Sunny afficha un sourire piégé. Bon. Il l'avait eu. De toutes les manières possibles et sans aucun doute de permis, il s'était fait avoir et en beauté. En silence, il termina son petit déjeuner, et se laissa bercer par le contact de Chris. Il avait honte, il avait mal, il était perdu. Mais il savait aussi que le type bizarre dont il avait accepté l'invitation... ne le lâcherait pas de si tôt.

• • •

La vie de Sunny avait changé du tout au tout, et si rapidement qu'il n'avait pas compris ce qui lui arrivait. Il avait revu Chris. Au cinéma. Pour manger une pizza. Juste pour se balader. Pour boire un verre après le travail. Il avait revu son appartement. Après le cinéma, il ne s'était rien passé. La soirée pizza s'était prolongée. La balade s'était éternisée. Le verre avait aidé à casser la table basse. A force de sorties et de rencontres, les deux hommes étaient parvenu à une décision commune. Devenir colocataires.

Pour les grands-parents et les parents de Sunny, c'était un ami rencontré dans un bar. Ils partageaient des "trucs de garçons", les jeux vidéo, la soirée whiskey-rugby. Sunny avait besoin d'indépendance, et s'éloigner un peu de sa grand-mère ne lui ferait pas plus de mal. Il emménagea chez Chris un mardi. Armé de sa valise et de ses affaires de surf. Les premiers mois furent compliqués. Sunny connaissait Chris, mais vivre ensemble était une autre paire de manches. Quand il rentrait éreinté du surf, et prêt à prendre une douche et se coucher, Chris ramenait parfois des amis, ou des collègues de travail pour l'apéro avant le boulot.

A l'heure où il se levait, Chris se couchait lorsqu'il travaillait. Les jours de congé qu'ils avaient en commun étaient rares, et rapidement l'appartement fut trop petit,  bien trop petit pour eux deux. Sunny aimait Chris. Du plus profond de son petit coeur incertain, il l'aimait à en avoir mal. Mais il avait peur, beaucoup trop peur d'aller voir sa grand-mère, ses collègues et ses parents et d'annoncer "Je sors avec un type. Qui a sept ans de plus que moi". D'autant que Chris avait été incarcéré. Et qu'il faisait un métier dangereux.

Lui de son côté ne se gênait pas pour présenter Sunny comme son petit ami. Un soir, il l'emmena avec lui au travail. Sagement assis au bar, le surfeur observa son taulard manier les cartes avec brio, et discuta avec Sarah. Elle lui parla beaucoup, se mit à pleurer trois fois, et lui confia avec un gros baiser sur la joue qu'elle aurait adoré sortir avec lui, elle aussi. Les jours passèrent, et Sunny commença à montrer des signes d'ennui profond. Il avait vingt-deux ans et il voyait déjà le skate-surf-dodo comme une routine. Alors, pour casser son ennui, se rendre utile et faire le bien autour de lui, il s'inscrivit comme pompier volontaire.

Le test d'entrée ne lui posa pas trop de problèmes. Il était plutôt endurant, et avait l'habitude de mettre son corps à l'épreuve. Son entraînement et ses premières manoeuvres se passèrent bien. Etant donné son jeune âge, et son inexpérience, on évitait de lui donner des feux. Il était plutôt chargé des transports de personnes blessées, des sauvetages de chats bloqués dans un arbre et des situations "critiques" dûes aux accidents. Redoutablement efficace, très à l'écoute, Sunny se classa rapidement comme "bon gars" au sein des pompiers volontaires de San Francisco. Il se fit un cercle d'amis, particulièrement virils et fiers d'être des hommes, des vrais.

Pères de jeune famille ou célibataires endurcis aux soirées à risques, ils représentaient tout ce que Sunny n'était pas. Ils étaient machistes. Violents en dehors du travail. Sectaires. Mais surtout, et cela le surprit, ils faisaient parti d'un petit groupe de protestants extrémistes anti-homosexuels. Quelque part, Sunny aurait dû s'en douter. Au-delà du milieu très libre de la Californie, un endroit ayant pour gouverneur Arnold Schwarzenegger n'était pas la meilleure "terre d'accueil" pour des personnes ayant d'autres tendances que les siennes.

Gêné par les remarques à répétition qu'il prenait sur son absence de petite amie, Sunny s'éloigna de ces animaux-là, et continua à travailler sans rien laisser paraître. Il continuait la compétition. A échelle moindre, il surfait avec tout son coeur pour impressionner les petits qui prenaient ses cours, et Chris, qui l'attendait toujours sur le rivage. Lentement mais sûrement, la rumeur de sa relation avec le croupier avait fait son bout de chemin. Aculé, il n'avait eu d'autre choix que de sortir du placard, et sa relation ne s'en était que mieux déroulée. Son patron l'avait laissé continuer à travailler à condition que Chris attende que les enfants soient partis pour venir le chercher.

L'incident arriva lors du dernier tour de la compétiton inter-costale. Sunny n'y avait pas participé l'année précédente. C'était cette rencontre qui lui avait valu son titre de champion national, il surfait sans vraiment croire à un second titre, mais il donnait tout son coeur à l'ouvrage. Et il savait que, là, quelque part dans les gradins, Chris l'observait. Sunny se donna à fond. Il fendit la vague, sauta, fit des figures risquées, mais rien n'y fit, il se classa second. Le premier était un jeune garçon du sud de la côte Ouest. Les deux se félicitèrent, et Sunny accueillit sa médaille avec un plaisir non dissimulé. Chris le rejoignit dix minutes plus tard, pour le féliciter. Après les interviews de rigueur et les félicitations multiples ils purent enfin s'éclipser.

Bien éduqué par sa grand-mère, Sunny respectait deux règles. Ne pas s'embrasser en public. Ne pas se tenir la main en public. Dans l'ombre d'un gradin, il s'autorisa enfin à embrasser Chris, et à l'enlacer, au calme. Il aurait pu attendre d'être rentré - son attention surprit d'ailleurs son compagnon - mais il avait besoin d'un peu de réconfort. Il savait qu'il avait très peu de chance d'être champion consécutif, il était doué, mais pas suffisamment pour se classer autrement que dans son état. Pour lui, cette défaite lui signifiait qu'il était temps de s'assagir un petit peu, peut-être de préparer un diplôme, et de faire un métier plus stable. Quelque chose qu'il pourrait encore faire lorsqu'il serait devenu vieux.

La tête  pleine de promesses, Sunny avait grimpé à l'arrière de la moto de Chris. Il ne pouvait cependant pas se douter que quelqu'un, derrière lui, l'avait vu. Un pompier venu voir sa compétition, et particulièrement attaché aux valeurs traditionnelles de la famille.

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Mer 31 Déc - 23:26


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"Tu sais ce qui arrive à un pompier qui joue avec la lance des autres ?
Il finit par se brûler."

La première lettre de menace arriva un jeudi. Sunny la reçut en rentrant du travail, et la lut sourcils froncés. Il n'y prêta pas grande attention, la laissa sur la table basse, et partit rejoindre les pompiers pour sa garde. Chris, mis au courant, le rassura gentiment. Si c'était vraiment sérieux, ce genre de lettre se multiplierait. Il n'aurait pu avoir plus raison.

Les lettres se reproduisirent. Elles étaient déposées directement dans sa boîte aux lettres pendant ses heures de travail. La personne connaissait son emploi du temps exact. Elle répétait les mêmes recommandations. Arrêter de fréquenter un homme. Sunny commença à se sentir nerveux. Il craignait que son secret n'en soit plus un pour personne. Le groupe de jeunes pères ne lui adressait plus la personne, et riaient dans son dos lorsqu'il n'y prêtait pas attention. En parfaits adultes se comportant comme des adolescents prépubères, ils devinrent plus virulents.

Les lettres cessèrent d'atterrir chez lui, elles furent directement disposées dans son casier personnel. Voyant l'absence de réaction de la part du volontaire, ils passèrent alors aux destructions matérielles. Sunny ne retrouvait pas ses chemises en quittait son service. Il perdait ses lacets, ses lunettes, et même une fois, ses clefs. On se moquait de lui, le disait maladroit. Il répondait que c'était parce qu'il était amoureux. Il avait de toutes façons mis les pieds dans un nid à vipères, mieux valait éviter de laisser la place à d'autres.
Devant ses collègues pompiers, et au su de tous, Sunny avoua donc sa bisexualité. Pour paraître moins fragile, il affirma qu'il n'aimait que les hommes, et on le laissa tranquille. Un certain temps. Protégé par sa préférence sexuelle - si les californiens n'étaient pas fanatiques des homosexuels, des lois les protégeaient contre le harcèlement - il put prendre le temps de souffler, et commença une formation de professeur de fitness. Lentement, mais sûrement, il relégua le surf à un loisir. Un loisir qu'il adorait, mais un simple plaisir qu'il pratiquait trois fois par semaine. Il se fit embaucher dans un club pour femmes enceintes, et commença à gagner sa croûte.

Oui mais voilà. Là où les grandes personnes abandonnent quand elles se sentent perdre pied, les petits enfants bien gâtés par une religion trop extrême n'abandonnent jamais. Sunny continuait à recevoir des menaces. Orales, puisqu'elles n'étaient pas traçable. Cela avait généralement lieux quand il se changeait, pour enfiler ses vêtements de civil. On parlait de "casser du pédé" et "de passer le goût de se faire emmancher", suffisamment fort pour qu'il l'entende, suffisamment faible pour que d'autres ne l'entendent pas. Sunny le supporta un certain temps, puis il commença à déprimer.

Chris ne comprenait pas ce qu'il ressentait. Concentré sur son travail, il voyait de moins en moins Sunny évoluer. Finalement le manque d'attention que chacun portait à l'autre eut raison de leur liaison, et ils se quittèrent d'un commun accord, après deux années de relation. Sunny entra alors dans une sévère phase de dépression.

Il allait au travail, il faisait travailler les jeunes mamans - ou futures maman - puis il se rendait à sa garde. Quand il revenait, exténué, d'un feu parfois bien plus meurtrier qu'on pouvait le penser, il n'avait qu'une envie. Rentrer dans le tout petit appartement qu'il avait loué, s'enfermer devant une série B, et s'endormir sur le mariage de Christine et Josh. Il se réveillait sur l'infidélité de Jack pour Charlie, se versait un bol de céréales, buvait un grand café, retournait travailler. Dans un éternel cycle de recommencement, les insultes qu'il subissait devenaient trop violentes pour lui.

A bous de nerfs, en larmes comme jamais, il fit un rapport à son supérieur, et le groupe fut suspendu trois mois, pour "homophobie agravée". Sunny pensait avoir enfin la paix. Mal à sa place à San Francisco, il appela les grands-parents Takahaki, et décida de changer de cap. Changer de vie. Changer de pays. Au Japon, il pourrait faire un paquet de choses. Être professeur de langues. Professeur de fitness. Animateur pour petits vieux, qu'en savait-il encore. Il avait une fluidité exceptionnelle en japonais, et la sincère envie de quitter l'Amérique.

Il planifia donc son voyage pour Osaka, et commença à régler ses affaires. Sunny, par manque de moyens, avait dû bouger dans un ridicule petit quinze mètres carrés. A l'étroit dans un quartier craignos, c'était uniquement parce qu'il avait un look de jeune skater qu'on lui laissait la paix. Partant pour le travail un matin, sac à dos sur les épaules, il entra dans quelqu'un, s'excusa platement, sentit qu'on l'arrêtait.

??? : Et où tu vas comme ça mon gars ?
Sunny : Oh, navré. Je vais passer de l'autre côté, bonne journée.

Il leva le regard, croisa les yeux, noirs, d'un des pompiers suspendus pour insultes. Le nez plissé, il fit demi-tour, et l'évita soigneusement. Il alluma son ipod, mit un morceau des Stones, et se laissa porter. S'il avait baissé le volume, ne fut-ce que d'un cran, il aurait entendu le pompier crier. S'il avait tourné au coin, comme d'habitude, au lieu de continuer tout droit pour éviter une éventuelle embuscade, il l'aurait pas pu être rattrapé. S'il avait porté autre chose que des chaussures basses et un jean, il n'aurait pas senti la douleur.

Elle fut pourtant immédiate, et brûlante. Le monde bascula dans un claquement, tandis que son tendon d'Achille droit partait en morceaux, dans la gueule d'un gros dogue. Aveuglé par la douleur, la tête dans les brumes de la demie-conscience, Sunny eut à peine conscience de la suite. Il vit, entre deux flashs blancs, les pompiers suspendus. Leurs poings. Leurs pieds. Et enfin, un crachat. Tout le dégoût et le mépris concentré un seul gros glaire qu'on déposa dans ses cheveux.

Tuméfié, abîmé, Sunny fut retrouvé trois heures plus tard, et embarqué à l'hôpital le plus proche. Il revenait de loin, prétendait ne se souvenir de rien. Après une semaine de soins multiples, il put enfin sortir, sous le regard attristé de son médecin. Car, claudiquant avec son plâtre au pied, Sunny pourrait peut-être courir un jour.

Mais il lui était à jamais interdit de monter sur une planche.

• • •

Les premiers mois de son retour au Japon furent extrêmement difficiles. Les grands-parents Takahaki ne l'avaient pas vu grandir, et ils étaient très inquiets de ce qu'il avait pu devenir. Ses journées étaient une alternance de scéances de kiné douloureuses, de remontrances de la part de sa mère, et d'interrogatoires de la part de ses grands-parents. Comme il s'y attendait, ils avaient très mal pris la nouvelle de son attirance pour les personnes de son sexe. Sa grand-mère en avait pleuré une journée entière - elle qui était pourtant si réservée - et sa mère s'était presque étouffée avec son bol de riz.

Il s'en était suivi un déluge de reproches envers ses grands-parents paternels, qui pourtant avaient tout fait pour que leur petit-fils soit heureux. Et la vérité était là. Malgré sa jambe handicapée, sa grand-mère qui le détestait, sa mère qui le prenait pour un monstre et les voisins qui jasaient de le savoir au moins à moitié gay, il était heureux. On s'inquiétait pour lui. On prenait soin de lui. On prenait des nouvelles de lui. Même s'il était cantonné au rôle de petit éclopé interdit de sortie, il était incroyablement bien de retour chez lui.
Dès qu'il put marcher, Sunny se mit en quête d'un nouvel endroit pour vivre. Il avait décidé de rester plus de quelques mois au Japon, et d'y faire sa vie. Il avait des diplômes, il avait des médailles, et même s'il boîtait encore beaucoup, il devrait être capable d'avoir un métier "respectable" qui ne fasse pas plus honte à ses grands-parents.

Pourtant, il ne trouva rien près de chez les Takahaki. Tous les clubs n'avaient pas de professeur, et ceux qui en cherchaient un lui claquaient la porte au nez sitôt le bout de ses cheveux roses aperçus. En désespoir de cause, il passa au blond, sans plus de succès. Il se colora de nouveau les cheveux, et commença à faire des petits boulots. Il ramenait les courses de vieilles dames, ramaissaient leurs feuilles mortes. Il les aidait à déménager, à porter une armoire, à faire leur ménage. Il était "le beau jeune Takahaki avec son accent adorable". Son accent faisait enrager sa grand-mère, mais plaisait beaucoup aux autres.

Il écoutait les vieilles dames avec attention. Elles qui aodraient parler trouvaient avec lui un interlocuteur parfait. Elles l'invitaient à goûter "le bon Ramen de montagne" et à regarder les informations avec elles. Poli, il acceptait, et restait parfois plusieurs heures assis par terre, leur chat sur les genoux, à commenter ce qu'elles ne pouvaien pas entendre à cause de leur âge déclinant.

Les informations parlaient régulièrement d'une ville jusque là restée plutôt discrète. Elle était pourtant proche de la sienne - et se situait dans la préfecture d'Osaka, d'ailleurs - et grandissait aparemment à grande vitesse. Délinquance, prison, Maire, Sunny et les vieilles dames suivaient le feuilleton de cette ville à croissance anarchique avec passion. Peuplée de toutes nations, de tous horizons, c'était une ville visiblement ouverte...

Comme un endroit qui accepterait un professeur de fitness boiteux aux cheveux rose bonbon.

Sunny ne prit pas beaucoup de temps de réflexion. Il savait ce qu'il voulait, passer sa vie de manière respectable. Pour ça, il ne pouvait pas continuer pour le restant de ses jours à passer du temps avec les grands-mères d'Osaka. Il décida donc de prendre ses affaires, et de partir s'installer à Mayaku. Sa mère lui répéta qu'il allait se faire tuer. Sa grand-mère que c'était un repère de voyous consommateurs. Lui, en mettant le pied dans le quartier Sud, se sentit plus sur une île de vacances.

Contre toute attente et tout avis, Sunny s'installa donc sur le sol de Mayaku. Il y trouva rapidement une place, dans la branche qu'il souhaitait. Proche d'un bon kiné, pas trop loin de son chez lui, il permettait aux vieilles personnes de rester en forme. Un métier tranquille, qui lui permettait de couler des jours paisibles.

Mais il oubliait que, comme partout, rien n'était jamais paisible pour toujours, à Mayaku...


• • •

La vie à Mayaku avait été étrange pour Sunny. A peine quelque semaines après sont arrivée, il était tombé sur un jeune homme... intriguant. Ethan O'Neil, dealer de sa profession et aussi l'homme le plus séduisant par le danger et les promesses qu'il représentait, avait réussi à le faire tomber sous le charme comme un débutant. Naïveté ou amour véritable, tout avait fini par se précipiter, et Sunny se rendit rapidement compte que ce qu'il espérait pour sa propre vie... était parfaitement incompatible avec la personne qu'était Ethan.

Tout s'était précipité autour de lui. Il avait voulu s'investir d'avantage dans la vie de son quartier, et s'était présenté en tant que candidat à sa gestion. Contre toute attente de sa part, ce fut un succès. Mais chaque médaille avait son revers. Et celui-ci était plutôt douloureux. Entre la charge de travail lors de l'organisation d'événement et son rapprochement inattendu avec le Maire de Mayaku, il avait été balotté d'émotion en émotion.

Chaque personne qu'il avait rencontrée, chaque ami à qui il s'était confié l'avait mis en garde contre Ethan O'Neil. Et lorsqu'il pensait enfin pouvoir s'y accrocher d'un amour  fort et véritable, le Maire en personne lui infligea le coup de grâce. Son chevalier noir, son dangereux amant était bien plus sombre et violent que ce qu'il imaginait. Il n'avait pas voulu le croire, cherchant à minimiser tout ce qui s'était passé. Niant totalement l'existance de la face sombre de son habitant de l'Est, il avait fini par douter. Et par souffrir.

Alors qu'il cherchait à démêler le vrai du faux, il apprit que Ethan avait été blessé. Par qui, comment, il n'en avait aucune idée. Pour lui, la seule personne capable de le détester au point de l'envoyer à l'hôpital était le Maire. Logique destructice, réaction immédiate, il menaça indirectement celui-ci par un message mystérieux posté sur le réseau social de Mayaku. Mal lui en prit... il reçut de la correspondance.

Des lettres, non anonymes, ou presques, et beaucoup plus longues que celles qu'il avait reçues lors de son expérience à San Francisco. Elles le mettaient personnellement en garde. S'il persistait à s'attacher à Ethan, il allait perdre bien plus que son sourire. Abattu par la charge de son travail et se sentant...trahi, brisé... négligé. Méprisé. Il se sentait...seul. Il avait tourné le dos à Chris, s'était éloigné de sa famille, avait bravé l'interdiction informelle qu'on lui avait dressée de toutes parts pour donner ce qu'il possédait de plus cher à quelqu'un qui finalement ne devait pas avoir tant à se préoccuper de lui que ça.

La chute fut brutale, douloureuse, et le mena à être interné, pour sa propre santé. Pour tentative de suicide et auto-mutilation, suivie d'une longue période d'anorexie, Sunny fut suivi, un mois, en hôpital psychiatrique. A la suite de ça, on le renvoya manu militari à San Francisco, chez sa nanny. Elle l'accueillit à bras ouvert, le laissa pleurer tant qu'il en avait besoin. Elle lui fut d'un soutien incroyable, l'aidant à régresser lorsqu'il en avait besoin. A son chevet les jours où il refusait de sortir de son lit, elle lui laissa le temps... de remonter la pente. De se reconstruire, lentement. De prendre conscience qu'il était, lui-même, quelqu'un.

Que ce n'était pas parce qu'il était d'une orientation sexuelle ou d'une autre qu'il ne devait exister que pour être en couple. Qu'il y avait de la vie en dehors de ce que les autres pouvaient lui apporter. Et qu'il serait toujours, toujours quelqu'un de spécial pour elle. Il fit le tour de ses économies, pas grand chose. Ayant tout donné aux associations de surf, il n'avait plus un rond de ses compétitions professionnelles. Sa cheville était toujours aussi abîmée, et il n'avait plus de quoi se payer l'université ici, aux Etats-Unis. Il se décida donc, après de longs mois de réflexion et une bonne dose de courage, à retourner à Mayaku.

Fort de détermination et d'un désir brûlant de vivre pour lui-même, il convainquit à grand renfort d'argumentation le directeur de l'école maternelle privée du Nord qu'il était un homme digne de confiance. Sous la grande discrétion du conseil d'administration, et avec une bourse lui permettant de suivre une licence en parallèle, il décrocha le sésame tant convoité. Un poste d'enseignant titulaire, pour six ans. Six ans, au cours desquels il serait payé, et ses études gratuites. Six ans, qu'il devrait mettre à profit pour valider une licence d'enseignement. Six ans attaché à Mayaku.

Il était de retour sur une terre qu'il avait voulu chérir. Et il ne comptait plus la quitter... avant un long moment.
Dreiden M. Ijiwaru
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Jeu 1 Jan - 0:30



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