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MayakuDreams come true

C’est étrange pas vrai ? la façon dont une ville peut vous envoûter, malgré les histoires étranges qui s’y déroulent, malgré les quatre quartiers qui la divisent, malgré son passé trouble. Et pourtant … Bienvenue à Mayaku, la fascinante Mayaku.

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 If I had a heart. [Dreiden]

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Ven 1 Juil - 22:37

La petite fille attrapa un crayon bleu et s'appliqua à colorier du mieux qu'elle le pouvait son carnet à dessins. Les traits de son visage encore rond se firent plus durs sous la concentration qu'elle mettait dans son œuvre. Ses petites mains maladroites s'efforçaient de ne pas dépasser les contours. Elle était sage, insouciante du monde des grands, des enjeux qui s'y passaient et des conversations qui s'y tenaient. Les enfants avaient une notion du temps différente de nous, pauvres âmes adultes. Ils étaient chanceux. Une bulle de protection entourait leur monde, et ils s'y épanouissaient à merveille jusqu'à l'éclatement de cette bulle.
Charleen ne se rendait que difficilement compte de la situation. A son âge, et même si elle semblait intelligente et futée, elle n'avait pas conscience de ce qu'il se passait. L'absence de son père la marquait, mais elle ne posait pas plus de questions que cela. On lui répondait qu'il était parti, mais qu'il rentrerait bientôt. Bientôt lui suffisait. Quelle chance elle avait de ne pas comprendre la gravité des choses. Pour les grandes personnes, c'était différent, bien évidemment. Nous mesurions toute l'ampleur des dégâts. Les fuites, les disparitions, les moments d'égarement, la consommation de drogues.

Je n'aimais pas les enfants. Et ils avaient tendance à me le rendre. Ces créatures-là savaient analyser tout le négatif qu'elles m’inspiraient, quand bien même j'essayais de le cacher. Les enfants étaient malins. Ils voyaient les gens pour ce qu'ils étaient réellement. Leurs petits yeux savaient décrypter une âme. Je n'aimais pas que l'on perce la mienne …
Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'Elizabeth Ijiwaru entra en contact avec moi pour me parler de cette sombre affaire et me présenter ma nièce. Je n'avais pas vu mon arrière-arrière cousin depuis un peu plus d'un an. Et ce n'était pas plus mal. Il était une source de problèmes sans nom pour lui-même. Et il était une source d'inquiétude pour moi, quand bien même je cherchais à me persuader du contraire. Il avait trop joué au con avec moi.

Je sortis de ma contemplation songeuse, détournai mes yeux de Charleen pour les planter dans ceux de la quadragénaire qui me faisait face. Cela faisait plusieurs minutes que j'écoutais Elizabeth raconter ses déboires avec son fils jusqu'au soir où elle l'avait littéralement mis à la porte du manoir Ijiwaru.

« Je n'ai pas parlé à Dreiden une seule fois depuis plusieurs mois. Qu'est-ce qui te fait croire qu'il m'écoutera ? Son esprit est perverti par les paroles d'autres hommes. Je ne suis pas une faiseuse de miracles, je n'arriverai pas à exorciser ces démons-là. »

Mon ton était glacial, affreusement détaché. Je me redressai quelques peu dans le fauteuil qui m'accueillait. Droite comme un bâton, un masque d'indifférence plaqué sur les traits. Je n'avais rien à tirer de tout cela si ce n'était de nouveaux problèmes. Alors pourquoi avais-je envie de répondre positivement à la requête de cette femme que je ne connaissais que peu, au final ? La famille ? Ou simplement l'envie d'épargner à Charleen une vie sans ses parents ? Je ne savais que trop quel effet l'absence d'un père avait sur l'évolution d'une petite fille.

*

Je posai un pied sur le bitume qui avait brûlé toute l'après-midi des rayons du soleil. Un second pied, et je sortis de la voiture, la refermant derrière moi. Mon nez se leva vers le toit de l'immeuble qui me faisait face. J'entrai calmement dans la résidence d'Aiden, une jeune étudiante que j'avais eu l'occasion de rencontrer à la faculté par un heureux hasard. J'ignorais hier encore que ces deux-là se connaissaient et qu'ils sortaient ensemble. Le frais du hall d'entrée m'accueillit comme une bénédiction. Je retirai mes lunettes de soleil et les rangeai tranquillement dans leur étui que je fourrai dans mon sac. Mes pas me menèrent tout naturellement à l'étage désiré. L'air devenait lourd lorsque je passais. Je n'étais pas énervée, je bouillonnais d'autres sentiments bien plus sombres encore.

Je m'immobilisai devant la porte d'entrée. Mes doigts craquèrent, ma nuque craqua, ma colonne vertébrale suivit la mouvance. Un frappement, deux, trois. Mes bras reprirent leur position initiale le long de mon corps. J'attendis quelques secondes. Ma voix s'éleva à l'attention de l'homme qui vivait dans l'appartement, profonde et grave, mordante comme l'acier.

« Ouvre. Je n'ai pas toute la journée. »
Dreiden M. Ijiwaru
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Such a pretty boy, but such a dirty mouth.
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Dim 3 Juil - 1:12

À la fenêtre, mes avant-bras sont reposés. Mes mains se joignent ou se détachent. Ça dépend de la consommation du roulé. Il y a de la cendre qui tombe. Le cendrier forme une petite dune cendrée. Mes cheveux virevoltes. J’ai le visage qui se meut de droite à gauche, de gauche à droite. Il y a tant de choses à voir d’ici. La vue est imprenable. J’ai même l’impression de voir un bout de mer du sud. Je me laisse envahir par la fraîcheur des brises. Aiden me manquait. Elle est partie en voyage scolaire, sa gaieté avec. Elle m’a laissé son chien. Je n’aime pas les chiens. Alors il reste là, il n’a pas tellement d’affection. Il est finalement comme moi, il garde les yeux ouverts et il se tait. Surtout, il attend. Je bascule mon visage en avant et le dépose au creux de ma main. L’autre tient le roulé qui s’use lui-même. J’exhale, la fumée envahie mon visage. Bad way.

֎

Ouvre. Je n'ai pas toute la journée.

Mes iris givrés-jaune s’écarquillent et mon âme s’appelle borderlineland. Je lâche immédiatement le roulé. Il tombe, tombe, tombe. Vertige. Je m’accroche au rebord de la fenêtre. Mes cils battent à n’en plus finir. Pas croyable. Un, deux, trois pas m’éloigne de la fenêtre. Mes lèvres s’entr’ouvrent. Je scrute l’appartement. J’en refais l’état des lieux en trottinant à pas silencieux. Bordel, putain, et merde. Je me plante au milieu du salon. Je plonge la main à ma mèche, la maltraite. Je cherche à me calmer. Il faut que je me concentre. J’ai aucune chance. Pas maintenant, pas croyable. Un argument, une phrase, un mot ? Pas une seule chose de ça. Même pas un foutu point, point-virgule ou même accent, qu’il soit aigu ou grave. Je ressens déjà des douleurs à ma nuque, alors j’essaye de faire quelques mouvements. Mes mains reprennent mes tempes. Je n’ai pas idée du temps qui s’écoule, mais si je ne vais pas ouvrir sur le champ, j’ai idée des ravages que j’attise. De la vraie braise. Ma crête s’hirsute, j’ai des touffes de cheveux qui tombent par terre. Je finis par me mouvoir à la chambre d’Aiden. Je m’enferme à clé. Je rouvre la porte de la chambre d’Aiden. Je vais à la cuisine et je m’enferme à clé. Entre mes doigts je joue avec un petit couteau de cuisine. Le petit couteau de cuisine est reposé sur le comptoir. Je dépose mes mains contre la porte et mon front se dépose brusquement contre. Je serre les poings aussi fort que possible. Ma silhouette longiligne s’hisse finalement au comptoir, je m’y assieds. Je récupère ce que j’y ai laissé et je m’entaille proprement le poignet. Je mords ma lèvre inférieure en délaissant la lame. J’agite impétueusement la tête à m’en secouer la raison. Mes yeux s’élèvent au plafond et j’ai la bouche ouverte. Ma vision plonge dans la saccade. Je descends du comptoir. J’ouvre la porte si impulsivement qu’elle s’éclate contre un meuble. Le chien aboie. Qu’il ferme la gueule. Je sens l’apathie s’insinuer en moi jusqu’aux extrémités. Je traverse le salon en nageant royalement dans la bradypsychie. Mon torse est nu et j’ai oublié que je voulais me vêtir. Je souris à la honte et à la culpabilité. Je leur montrerai même mon majeur, s’ils le désiraient. Je ne ressens plus rien à présent. Je saigne, mais ça ne m’importe plus. Je passe à côté de la fenêtre, là où le roulé se termine. J’ignore cet endroit et je marche. La porte me semble à des kilomètres. Mes doigts enserrent la poignée, les autres tournent par deux fois la clé.

Louyse Eleanor Erena Manon Marie Elisabeth Creutz. Mon arrière-arrière cousine à l’honneur que j’ai consciemment incinéré, ne m’en fera que mieux souffrir de sa colère éruptive. Elle se présente face à moi. À ses yeux se reflètent le feu du ciel. Nous avons enduré des mois à se murer au cœur d’un silence austère, profond, glaciale. Des mois qui nous ont séparé à maintenant. Maintenant, elle allait me finir. Je l’observe entre la naïveté et le démuni. Et je lui souris, malgré tout, parce que je me crois être le plus heureux de la revoir. Je ne suis plus son arrière-arrière cousin, mais son Hiroshima. Elle allait embraser l’antarctique et me détruire.


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